Quelques éléments descriptifs

En vieillissant, on s’accepte de mieux en mieux tel qu’on est, non?

Je suis d’accord, MAIS

Il y a tout de même des jours où c’est plus facile que d’autres.

Je me heurte en ce moment, chaque jour, à mes limites en ce qui concerne l’organisation de mon temps de travail.

Je sais ce que je devrais faire: me concentrer sur les choses essentielles, à savoir, mes papiers à écrire, et passer tout le reste en secondaire. Mais je n’y arrive pas. Je finis même par avoir l’impression que c’est complètement contraire à ma nature, de rédiger un article. Ben voyons…ET je ne comprends pas pourquoi je fais un blocage comme ça dessus. Je n’arrive pas à accorder à cette priorité l’importance qu’elle a.

Ce qui me vaut un peu d’introspection (histoire de perdre encore plus de temps), pour essayer de comprendre ce qui ne va pas chez moi (façon de parler bien sûr). Quelle curieuse mouche me pique et m’empêche de me concentrer juste quand il faut? Quelle envie cachée de ne pas arriver au bout de ce que je veux?

Voilà: en ce moment, j’ai juste l’impression que je n’arrive pas à aller au bout de ce que je veux. En recherche, comme dans ma vie à côté, par exemple en sport. Ca m’énerve. J’aimerais bien réussir à contredire ce trait de caractère.

 

 

 

 

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Deux ans!

Ce n’est pas l’âge de Petit Chat, mais notre anniversaire de mariage, qui tombe demain.

Le ci-dénommé Petit Chat ayant de la fièvre ce soir, il y a fort à parier qu’au lieu d’un petit resto demain midi en tête à tête, nous allons plutôt nous relayer demain pour rester en tête à tête avec notre fils. (Décidément, difficile d’être romantique, avec des enfants…).

C’est pas grave, on le fera plus tard ce resto!

En deux ans, ma vie a bien changé. Maison, jardin, nuits plus paisibles, révolte évolution au travail, reprise de l’escalade…

En parlant d’escalade… j’ai grimpé vendredi dernier avec une fille plus forte que moi, qui m’a vraiment motivée à m’engager un peu plus, faire des vols, essayer des voies plus difficiles que d’habitude en tête. Ca m’a fait beaucoup de bien. D’ailleurs, j’ai recommencé ce soir. Je suis contente de constater que je me libère peu à peu de mon appréhension des chute. Et plus généralement, de sentir que je suis davantage encline à m’engager vraiment mentalement. C’est quelque chose que j’ai souvent du mal à faire, en escalade comme dans la vie. Mais il n’est donc peut-être pas trop tard pour changer, jour après jour, voie après voie.

Ces derniers jours, je me sens vraiment à fleur de peau à cause de ma situation au boulot. Je pense que je prends la bonne décision, mais cela entraîne de l’incertitude, du changement. Cela m’inquiète, me sort de ma zone de confort. Ceci dit,  comme pour l’escalade, je pense que c’est une bonne chose de sortir un peu de cette zone de confort. Mais justement, ce n’est pas facile.

J’ai l’impression de m’être laissée infantiliser pendant ces trois années où j’ai essayé de rester dans mon équipe. Je me disais que j’avais plus à perdre qu’à gagner si je partais, qu’il fallait que je m’accommode de la situation. J’ai pris de mauvaises habitudes, en me laissant un peu trop faire, en laissant couler des choses, par peur de me fâcher, par manque d’habitude de protester.  Peut-être que c’était juste le temps nécessaire pour me rendre compte que ça ne marchait pas. Mais je me sens si lente, a posteriori. J’ai l’impression que je prends trop de temps à prendre des décisions, trop de temps à réagir à une situation désagréable.

Je sais bien que c’est le cas: pour des raisons que je n’ai pas envie de détailler, j’ai pris l’habitude, plus jeune, de supporter des choses vraiment désagréables sans oser me plaindre ou protester. Je crois que c’est un peu resté imprimé dans ma tête. Il faudrait que je trouve un moyen pour changer ça. Un moyen pour mieux comprendre ce qui me dérange ou me blesse, quand ça arrive, et pouvoir y réagir plus rapidement.

 

 

Bugs et jardinage

Nous sommes rentrés de Lille Dimanche dernier. Les enfants, mon chéri et moi sommes montés dans le TGV à la gare de Lille Europe. Je suis descendue à la gare de Massy-Palaiseau pour aller chez ma soeur, car j’avais une réunion de travail à Paris le lendemain, et le reste de la famille a continué son chemin vers Bordeaux.

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Petite Sirène et Petit Chat dessinent dans le train

J’ai passé une bonne partie de la journée avec ma soeur et son copain. On a papoté, bu du thé, et je me suis préparée pour la journée du lendemain, qui consistait en fait en une série d’auditions pour un poste de maitre de conférences dans un laboratoire de mathématiques. Je voulais connaître tous les dossiers avant d’entendre les gens présenter leurs travaux. L’appartement de ma soeur est un deux-pièces. J’ai donc dormi dans le salon. Vers cinq heures du matin, ma soeur est arrivé avec un sac de couchage: son copain ronflait et elle n’arrivait pas à dormir. On s’est rendormies toutes les deux dans le grand canapé lit. C’était rigolo. J’avais l’impression de revenir à l’époque de notre enfance.

Quand je suis revenue à Bordeaux, j’étais très motivée pour avancer ma recherche. C’était certainement dû au fait que je n’avais presque pas bossé la semaine à Lille, ainsi qu’au fait d’avoir écouté toutes ces auditions, où des jeunes chercheur.se.s passionné.e.s nous présentaient leurs travaux. J’avais envie de me renseigner sur plein de sujets qui avaient été mentionnés lors des auditions, et  que je ne connaissais pas, ou peu. Mais comme je suis – parfois- un être raisonnable, j’ai plutôt cherché à trouver un bug dans mon code de simulation, qui me posait problème depuis, euh…, des mois. Après un jour et demi de lutte acharnée (oui oui, c’est comme ça que je le vis!), j’ai fini par le trouver, et ça m’a procuré un immense soulagement. Déjà parce que la cause de ce bug ne compromettait pas la qualité des résultats déjà obtenus, ce qui est rassurant, et aussi parce que j’ai eu l’impression d’avancer significativement, pour une fois. En recherche on a beaucoup de moments à tatonner, d’autres où on bloque purement et simplement, d’autres encore où on est trop fatigué, découragé, distrait etc, pour se concentrer comme il faut. Et il y a aussi des moments heureux où on comprend quelque chose pour la première fois, ou bien où on résout un problème qui nous a beaucoup donné de fil à retordre. Ils sont moins nombreux, mais très sympas. (Et au jour le jour, il y a, au moins pour moi, la motivation enfantine d’apprendre des choses étranges et amusantes, et d’essayer de résoudre des sortes d’énigmes, qui me pousse au travail le sourire au lèvres presque tous les matins, que je bloque sur ma recherche ou que j’avance…). Après la résolution de ce bug, je me suis attaquée avec plein d’enthousiasme, voire d’euphorie, à une preuve de convergence que j’avais tout juste abordée il y a quelques mois. A l’époque, j’avais griffonné quelques feuilles de papier, et les avais rangées avec l’impression d’avoir bien compris comment aborder le problème. Pourtant, cette fois-ci, non seulement je n’ai pas réussi à me relire, mais j’ai surtout eu l’impression que j’étais à l’époque complètement à côté de la plaque,  et je n’ai pas trouvé la moindre idée pour me débloquer. C’est la vie!

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Le  lilas a fleuri pendant les vacances. C’est ma fleur préférée!

Et ce week-end, nous nous sommes bien activés dans le jardin: mon chéri a passé la tondeuse, j’ai débroussaillé un nouvel emplacement du potager, et nous avons planté des pommes de terre, semé des graines de concombres, de tomates cerise et de chicorées. Nous avons également contemplé les antennes d’un gros escargot réveillé de sa sieste par nos entreprises terreuses. Pendant que je ratissais la terre du potager et enlevais les racines des mauvaises herbes, je me disais que c’était un travail très proche de mon débuguage de code de la semaine: un peu long, un peu hasardeux, mais nécessaire pour obtenir un résultat concret. Ceci dit, nous sommes des débutants complets en jardinage, et je ne sais pas du tout à quel résultat m’attendre. Je guette l’apparition des premières pousses de carottes ou de marguerites avec espoir….

 

 

 

 

Bravo SuperPapa et SuperMaman

Avant toute chose, deux photos qui n’ont rien à voir avec le texte, mais qui résument bien la vie de mes enfants le week-end dernier.

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Petit Chat part en expédition
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Revenu après une longue marche, il croise Petite Sirène qui s’entraine pour l’acrobranche

En cette fin d’aprem, je prend une petite pause pour écrire un billet à notre gloire à nous deux, SuperPapa (aka mon chéri), et moi, SuperMaman (aka Lilipuzzle).

Rien d’extraordinaire en fait, juste le quotidien de parents qui ont des enfants et doivent se débrouiller pour concilier leur vie de famille, leur travail, et … eux. En plus, comme j’aime à le répéter, on a tous les deux des boulot assez souples sur les horaires. Donc on a de grosses facilités d’organisation, donc ce n’est même pas si difficile.

Oui, mais quand même. Hier soir je crisais parce que je ne retrouvais plus les identifiants pour me connecter sur le site de la mairie de notre ville. Qui m’auraient permis de  réserver dès minuit (oui oui!) les places pour le centre aéré du mercredi après-midi pour Petite Sirène, pour les mois de Mai et Juin. Avec le déménagement, je n’ai pas retrouvé la fameuse putain de  feuille où ces identifiants étaient inscrits. Je n’ai pas non plus réussi à retrouver l’adresse email qu’on avait fournie et qui permettrait de ré-initialiser le mot de passe. Remarquez: sans identifiant, le mot de passe seul est bien inutile. Ont suivi des textos stressés à d’autres parents, qui eux, arrivaient à se connecter. Et surtout, deux heures d’attente devant l’école cet après-midi à faire la queue pour avoir une des places restantes. Sous la pluie une bonne partie du temps. Heureusement pour moi, une maman m’a prise sous son aile parapluie, et les dames de l’école nous ont prêté des chaises. J’ai aussi réservé des places pour des parents d’élèves et copains qui avaient juste oublié  que c’était le jour des inscriptions. Le monsieur du couple en question a fait un aller-retour en vélo express avec moi entre son lieu de travail et l’école pour récupérer le badge de son fils et me le passer afin que je puisse l’inscrire. Nos enfants apprennent  à l’école les quêtes aventureuses des chevaliers, quand les nôtres sont bien plus prosaiques, mais conformes à notre siècle habité par la paperasse et les formalités administratives.

Pendant ce temps, ce matin même, mon chéri a emmené notre fille chez l’orthoptiste, car nous avons remarqué qu’elle louche ces derniers temps. Résultat: elle va porter un cache sur un oeil pour renforcer et corriger celui qui part de travers, car il est un peu paresseux. Il faut reprendre un deuxième rendez-vous pour être sûr qu’elle n’ait pas besoin de lunettes. Et en prendre un autre pour son frère, pour faire du dépistage un peu plus précoce. Car heureusement, à cinq ans (l’âge de Petite Sirène), c’est encore le bon âge pour corriger ce type de défaut d’oeil, mais il ne faut pas traîner. Et vers six ans c’est déjà plus compliqué. Pourtant, on l’emmène chez le pédiatre régulièrement, et elle a déjà fait des bilans de vue. Mais personne n’avait rien remarqué jusqu’il y a quelques semaines. Mon chéri a ensuite pris un rendez-vous pour inscrire les enfants dans leur nouvelle école. C’est le deuxième rendez-vous: le premier a eu lieu en mairie, le deuxième aura lieu avec la directrice de l’école. Il y en aura ensuite un troisième, à la mairie, pour créer leur carte permettant de badger pour la cantine et le centre aéré.

C’est du très banal tout ça, même pas une journée où c’est vraiment la course, mais quand ce type de journées s’enchainent, je me demande à quel moment je peux vraiment me concentrer sur mon travail, ou sur autre chose. Aujourd’hui, j’aurai en fait tout juste réussi à résorber mon retard sur les mails de la fin de semaine dernière et du week-end, et quand même discuté une heure avec un collègue à propos de maths. Bon, c’est vrai, là je perds du temps à écrire au lieu de me remettre au boulot, mais ça me fait du bien.

Et surtout, tout ça semble très normal. Jamais personne ne nous félicite à la fin de la journée pour avoir essayé de tout faire au mieux, pour avoir essayé de faire notre travail à temps et le mieux possible, en dépit des grippes, des injonctions administratives, des rendez-vous médicaux, des grèves, et de nos propres contraintes. Pour avoir essayé de nous occuper de notre mieux, et de tout notre coeur, de nos enfants quand nous sommes avec eux.

Donc, pour compenser ça, j’ai décidé de nous féliciter très solennellement:

« Bravo SuperPapa, bravo SuperMaman, vous faites du bon boulot! Continuez comme ça.  »

Des fois, des encouragements, ça peut aider à voir la prochaine journée non pas comme une épreuve à affronter, mais comme quelque chose de plus simple et de plus léger. J’en ai besoin en ce moment.

 

 

Turin, à nouveau

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J’ai passé la semaine à Turin avec trois de mes collègues, en voyage de travail. Nous visitions une start-up de calcul en mécanique des fluides, avec laquelle nous avons beaucoup de collaborations. La moitié de ses membres sont d’anciens étudiants en thèse de mon chef, et beaucoup ont séjourné plusieurs fois à Bordeaux, donc nous les connaissons bien. C’est très intéressant de discuter science avec eux car ils sont à la fois exigeants et pragmatiques sur les méthodes à utiliser pour lancer leurs calculs. Voilà pour l’aspect scientifique. Ils sont également très sympas, et nous avons bien rigolé entre deux discussions sérieuses, ou le soir après le travail en buvant un verre.

Pour le reste, j’étais absolument ravie d’aller passer quelques jours dans cette ville que je connais un peu pour y avoir séjourné plusieurs fois il y a quelques années. J’aime son architecture Hausmanienne, un peu austère, mais très fonctionnelle, avec des arcades qui longent des kilomètres de rues, permettant de se balader même quand il pleut, ce qui arrive souvent.  J’aime le parc Valentino et la vue des montagnes toutes proches. J’aime également, je l’avoue, la nourriture qu’on trouve à Turin. J’adore la cuisine italienne, les pâtes, les légumes, les pizzas,  le risotto, les artichauds, le cappucino, les glaces, les noisettes, etc…  Mes collègues sont tout aussi gourmands que moi, donc nous avons visité de concert les endroits où manger de bonnes glaces, focaccias, raviolis… Ca ne fait pas très sérieux mais c’est comme ça! Pour toutes ces raisons, cette immersion de quelques jours m’a beaucoup plu.

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Vue sur la cour depuis le boulot à Turin: j’adore ces balcons.

« Choisissez tout »

Je viens de finir le livre de Nathalie Loiseau, la directrice de l’ENA: « Choississez tout ».

C’est un livre où elle décrit son parcours et livre ses opinions sur les mécanismes qui gênent la progression professionelle des femmes, au moins dans un pays comme la France.

J’ai beaucoup aimé ce livre, pour plusieurs raisons:

– Natahalie Loiseau est un beau modèle: elle a réussi à s’imposer dans des milieux très masculins, en trouvant sa propre voie, c’est-à-dire sans copier le modèle masculin dominant, mais en s’affranchissant des stéréotypes collés aux femmes.

– elle analyse quels sont les mécanismes qui lui semblent importants dans un parcours professionnel comme le sien: avoir un bon mentor, s’affranchir du syndrome de la belle au bois dormant, de celui de la bonne élèvre, chercher l’efficacité plutôt que reproduire les comportements du passé…

– pour autant, elle indique clairement aussi qu’il lui a fallu du chemin, et des occasions particulères, pour comprendre ces mécanismes. je trouve ça positif, car cela semble montrer qu’on le droit de se chercher, de prendre le temps de comprendre, puis d’agir en conséquence, et qu’on reste maitre ou maitresse de son destin, au moins un peu.

– elle arrive à concilier un travail au plus haut niveau avec une vie de famille bien remplie et épanouie: un mari et quatre enfants, sans passer pour une wonderwoman inaccessible. Elle appelle de ses voeux, du moins il me semble, la possibilité d’avoir une vie bien équilibrée entre ses différents aspects, qui peuvent s’enrichir.

– Un passage que j’aime particulièrement, et sur lequel je vais méditer:

« Calmons nous, prenons du recul et apprenons l’humilité, qui souvent nous manque: personne d’autre que nous ne nous demande d’être parfaites. Nos enfants ont besoin que nous soyons aimantes et épanouies. Travailler dans le monde d’aujourd’hui requiert de le comprendre et de s’y sentir à sa place. Rien ne sert de souffrir et de se sacrifier. Nous n’avons rien à expier. »