Hamac et ellipse

Ce soir à la radio, une personne que je ne connais pas parlais des ellipses dans les récits. Les ellipses, ce qu’on cache d’une histoire, souvent parce qu’on n’a pas envie d’en parler. Il a conclu son intervention en parlant d’un texte de Flaubert:

« Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots »,

en disant que c’était dans ce genre d’ellipse qu’on aimerait vivre.

C’est drôle, parce que ce n’est pas dans ce genre d’ellipse que j’aimerais vivre, même si je crois comprendre un peu ce qu’il voulait dire.

Je me suis demandé combien d’ellipses je faisais, dans ma propre vie, chaque jour, chaque semaine. Est-ce que les évènements qui m’ennuient, que j’essaie de faire passer plus vite, sont des sortes d’ellipses? Combien d’instants sont vécus pleinement, comme une page d’un livre que j’aimerais particulièrement?

Je pensais aller à l’escalade ce soir, et mon partenaire a dû annuler, car il avait une masse de travail imprévu à faire. J’étais vraiment très déçue: cela fait un mois que je n’ai pas grimpé, et je me faisais une joie de reprendre.  Un énorme sentiment de frustration. Qui est passé depuis, heureusement. Mais je vais essayer d’y aller avec une amie un autre soir de la semaine.

J’ai besoin de grimper pour me sentir vraiment bien. Mais ce n’est vraiment pas facile à insérer dans mon quotidien. Dès que mon chéri ou moi devons partir en déplacement, c’est-à-dire souvent, des séances sautent. Ca vaudrait sans doute le coup que je m’organise pour réussir à grimper plus, même au prix d’efforts particuliers. Parce que c’est un des moments où je me sens le plus vivante.

Je voulais parler de hamac: on en a installé un sur la terrasse, entre un poteau et le tronc du grand arbre. Au dessus, il y a les branches et les feuilles. C’est merveilleux. J’aimerais bien m’endormir dedans une nuit, quand il fera vraiment beau.

 

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A propos de la lecture…

Comme je l’écrivais dans le post précédent, ces dernières semaines sont très chargées côté boulot. Je travaille la journée, le soir quand les enfants sont couchés, et j’arrive tout juste à me mettre à peu-près à jour pour les échéances les plus urgentes. Bon, il n’est pas exclu que je n’arrive pas toujours à établir des priorités claires. Par exemple, l’autre jour, je préparais un cours d’arithmétique, et j’ai passé deux heures à chercher quelles applications sympas j’allais bien pouvoir montrer aux étudiants. Certes, ca vaut le coup de le faire, mais si on a le temps pour ça.

Quoi qu’il en soit, à la fin de la semaine prochaine ce rythme un peu effréné devrait ralentir, et je m’en réjouis d’avance, car cela me redonnera du temps et me laissera l’esprit libre pour pratiquer des activités à plus long terme de mon travail, comme de réfléchir à ma recherche, avancer mes simulations numériques, faire de la bibliographie, et même, si je ne procrastine pas trop, écrire des papiers.

Pour le moment, je me sens tellement prise dans une sorte de tourbillon d’échéances à rendre (sujet d’examens, présentations, corrigés, cours…) que je n’arrive même plus à prendre le temps pour faire du yoga le soir. Ce qui n’est pas bon pour mon équilibre justement. Mais c’est une sorte de mini cercle vicieux: je me sens débordée, donc au lieu de me détendre et/ou de faire du yoga, je travaille, et donc je me sens encore plus débordée… Je n’ai aucune envie de me faire plaindre: je suis quasiment la seule responsable de cet état, et contrairement à beaucoup de gens j’ai un métier que j’adore et qui offre beaucoup de liberté d’organisation, et même de liberté tout court. C’est donc un simple constat que je fais, et d’ailleurs, je suis en train d’écrire pour ce blog justement parce que je me suis dit que ça me ferait du bien de penser à autre chose qu’à mes cours de calcul scientifique…Les maths c’est très bien, mais des mots, de vrais mots, avec un sens fluctuant, qu’on peut aligner sans objectif particulier, pour le simple plaisir de communiquer, c’est… autre chose.

Avec ma passion pour mon métier, j’oublie parfois que je suis également sensible à des choses moins scientifiques, et que j’ai besoin de satisfaire aussi cette partie de moi qui ne se nourrit pas que d’implications logiques. Que j’aime la poésie, l’humour, la richesse des relations humaines. Que j’adore lire depuis toujours, et que j’ai besoin d’avoir en permanence un livre en cours pour me sentir complètement moi-même.

Et l’autre jour, à la librairie, alors que je cherchais des livres pour faire un cadeau d’anniversaire à Petit Chat, je suis tombée sur un petit livret contenant un discours de Neil Gaiman, intitulé « Pourquoi notre futur dépend des bibliothèques, de la lecture et de l’imagination ». Neil Gaiman est un auteur de fantasy que j’adore. Réellement. Les histoires qu’il invente sont à la fois étranges, merveilleuses et totalement inattendues. Elles contiennent souvent de la magie, mais d’une manière forcément différente que ce à quoi vous pourriez vous attendre. Et une fois lues, malgré leur étrangeté, j’ai à chaque fois l’impression d’avoir découvert un univers jusque là inconnu, mais complètement réel, et d’une évidence qui s’impose à moi. Les histoires de Neil Gaiman changent mon regard au monde.

Autant dire que j’ai beaucoup aimé ce petit texte, que vous pouvez trouver gratuitement à cette adresse:

http://www.crlbn.fr/pourquoi-notre-futur-depend-des-bibliotheques/

J’en donne juste deux extraits:

« Nous tous – adultes et enfants, écrivains et lecteurs -, nous avons l’obligation de rêver. Une obligation d’imaginer. Il est facile de se conduire comme si personne ne pouvait rien changer, comme si nous étions dans un monde où la société est énorme et l’individu moins que rien; un atome dans un mur, un grain de riz dans un champ. Mais la vérité, c’est que les individus changent sans cesse leur monde, les individus fabriquent l’avenir, et ils le font en imaginant que les choses peuvent être différentes. […] Cette salle et les objets qu’elle contient, et tout ce que ce bâtiment contient d’autre, cette ville, existent parce que, encore et encore et toujours, des gens ont imaginé des choses. Ils ont rêvassé, ils ont médité, ils ont fabriqué des choses qui ne fonctionnaient pas tout à fait, ils ont décrit des choses qui n’existaient pas à des gens qui ont ri d’eux »

« On a un jour demandé à Albert Einstein comment nous pouvions rendre nos enfants plus intelligents. Sa réponse a été à la fois simple et sage. « Si vous voulez que vos enfants soient intelligents, a-t-il dit, lisez-leur des contes de fées. Si vous voulez qu’ils soient plus intelligents, lisez-leur plus de contes de fées ».

Moi, ça me fait du bien de lire ça…

Ah oui, je me rends compte que ça fait deux fois que j’écris un post depuis les attentats à Paris, sans en toucher un mot. La vérité, c’est que je ne sais pas quoi dire de tout ça. J’ai des idées, des pensées, mais confuses, voire assommées par une forme de choc émotionnel. Alors je laisse décanter dans ma petite tête et ça finira peut-être par venir. Ou peut-être pas.

 

 

 

 

 

 

Exprimons-nous plus fort!

J’ai commencé à lire le roman de Chimamanda Adichie: « Americanah », et parallèlement à ça, j’ai écouté sa conférence TED.  J’aime beaucoup le début du roman, et j’ai écouté, captivée, son discours en anglais. J’ai adoré l’élégance de son écriture, aussi bien dans le roman que dans le discours. Des phrases à la fois claires et synthétiques, pleines d’intelligence et de sobriété.  Du dynamisme, de la conviction, et de l’humour en plus…

J’apprécie le féminisme de Chimamanda Adichie. Je m’y retrouve totalement. J’aime qu’elle soit à la fois très féminine et très féministe, élégante et affirmée, qu’elle ne voie pas les hommes comme des ennemis mais qu’elle souhaite simplement que chacun, homme ou femme, puisse jouir de la même liberté à décider qui il sera et à vivre sa vie. Qu’elle affirme son féminisme avec sérénité en dépit des critiques que cela lui attire.

Et ce qui me frappe dans le roman comme dans son discours, c’est de pouvoir aussi bien me retrouver dans les mots d’une trentenaire nigériane ayant vécu aux Etats-Unis. Moi qui suis certes une femme du même âge, mais vivant dans un environnement que je supposais assez différent… Est-ce une preuve de l’universalité de son écriture? Ou bien est-ce que notre expérience de jeunes femmes féministes nous rapprochent plus que je ne pouvais le supposer? En tout cas, j’aime beaucoup pouvoir me sentir aussi proche d’une personne, fictive comme Ifemelu, l’héroine de son livre, ou réelle, comme l’auteur dans son discours, alors que je n’imaginais pas (à tort, clairement!) que c’était possible.

Cela m’amène aussi à rebondir sur cet article de Libé qui relate comment récemment, dans certains journaux, Patti Smit s’est faite qualifier de diva faisant un caprice parce qu’elle changeait d’éditeur, alors qu’ Héloise Letissier, de Christine and the Queens, était accusée de « piquer sa crise » parce qu’elle s’agaçait de constater qu’on avait tendance à attribuer ses bonnes idées aux hommes de son entourage. L’auteur de l’article souligne la différence de traitement entre homme et femme dans ces cas-là: ce qui sera perçu comme un comportement normal chez un homme sera interprêté comme excessif chez la femme.

Et donc, je m’interroge: est-ce que ce n’est pas une des pire contraintes que la société impose aux femmes, que celle de ne pas pouvoir être en conflit, de pas pouvoir s’opposer franchement, de ne pas pousser de gueulante si on n’est pas satisfaite, de ne pas hausser la voix et taper du poing sur la table? (En dehors de la sphère domestique, bien sûr…)

Evidemment, savoir trouver des compromis, être poli et diplomate, c’est très important aussi. Mais savoir se servir indifféremment des deux registres suivant les besoins, c’est certainement encore plus utile.

Est-ce qu’on ne devrait pas considérer comme un devoir collectif que de faire entendre nos voix, peu importe le sujet, jusqu’à ce que cela finisse par être naturel à tout le monde? Jusqu’à ce que la prise de parole d’une femme soit considérée avec autant d’attention que celle d’un homme, sans perte de légitimité, sans être considérée comme un cas particulier, ou non pertinente pour raisons d’émotivité, etc…

Photo – Sentiments

Peu de temps après mon avant-dernier post, j’ai vu la photo de ce petit garçon, Aylan Kurdi, noyé et échoué sur la plage. Je me suis sentie triste et assez misérable pendant quelques jours. Etais-je aussi sensible avant d’avoir moi-même des enfants? Je ne me souviens plus. J’ai parlé de ma tristesse à une bonne amie, et cela m’a fait du bien de constater qu’elle partageait mes sentiments, même si mon sentiment d’impuissance n’a pas vraiment diminué. Je pense à ce petit garçon, à sa famille et à son papa. Je ne sais pas quoi penser de ce pouvoir si fort d’une photo, alors que depuis des semaines les journaux nous alertaient de cette crise migratoire, mais sans réussir à émouvoir les gens…Mais d’un autre côté, je trouve naturel, simplement humain, d’être choqué par cette image et de s’identifier à la famille touchée par ce drame.

Peut-être est-ce un biais de mon activité professionnelle, mais j’ai du mal à parler des choses qui me touchent vraiment.  En fait, je pense que ce n’est pas la seule raison: j’ai souvent du mal à acccepter de me mettre en « danger », en dévoilant mes sentiments, et ce n’est pas pour des raisons  de neutralité scientifique… Mais mon quotidien, plein de logique et de personnes plutôt réservées, ne m’incite pas trop à changer. Au labo, on parle de maths, de collègues, d’étudiants, de travaux, mais très peu d’actualité, très peu de bouquins, de ciné, et très peu de nos vies personnelles. C’est confortable d’une certaine manière, mais un peu asséchant aussi.

Donc ces derniers temps, je lance de petits essais. Par exemple, je fais des références à des livres que j’aime bien, à un film que j’ai vu pour voir qui y réagit, qui pourrait avoir envie d’échanger un peu autrement. Je ne serai jamais quelqu’un de très exubérant, mais je peux au moins essayer d’exprimer qui je suis, et ce qui m’intéresse, un peu mieux…

En parlant de livres, je suis en train de relire le Seigneur des Anneaux, avec beaucoup de plaisir. Je me souvenais des grandes lignes de l’histoire, mais guère plus. J’avais également oublié à quel point cette oeuvre est bien écrite. Aussi bien les descriptions de paysages, de montagnes, de tempêtes, que les caractères des personnages. Il y a aussi une foule de petits détails qui n’apportent rien à l’intrigue mais donnent beaucoup de profondeur au récit. Par exemple, le Hobbit Pippin qui vient d’arriver dans la grande cité de Minas Tirith, laquelle se trouve sur le point de livrer bataille contre les forces du Mal (pour faire court), s’inquiète avant toute chose de savoir où et quand ont lieu les repas….Cela m’a fait rire car je dois être moi-même un peu Hobbit de ce point de vue! A quelques lignes de cela, ce brave Hobbit dit du mage Gandalf:

« Je l’ai connu de réputation toute ma courte vie; et ces derniers temps, j’ai beaucoup voyagé en sa compagnie. Mais c’est un livre où il y a beaucoup à lire, et je ne puis me vanter d’en avoir vu plus de quelques pages. »

Quelle élégance, pour un petit Hobbit qui semble surtout songer à bien manger et fumer une bonne pipe!

Lecture sur le bouddhisme

J’ai commencé à lire un livre d’entretiens entre Jean-François Revel et son fils qui est devenu moine bouddhiste: Mathieu Ricard. Ils confrontent leurs idées à propos du Bouddhisme. Je trouve ce livre très intéressant car Mathieu Ricard parle du Bouddhisme avec les mots d’un scientifique. Ce qui n’est pas du tout étonnant puisqu’avant de devenir moine il a passé une thèse en biologie. Donc son langage, ses arguments me parlent. Malheureusement, j’ai oublié ce livre dans ma belle-famille lors du dernier week-end prolongé, donc je ne peux pas en copier de citation pour donner une illustration. Une prochaine fois peut-être.

En tout cas, j’aime l’idée de passer du temps à chercher à comprendre ce qui se passe dans notre tête, d’où naissent nos pensées, d’où nait le sentiment de souffrance, j’aime tout simplement l’idée, un peu désuète maintenant, de chercher à consacrer du temps à devenir une meilleure personne, plutôt que de travailler sa réussite sociale, professionnelle… Je ne sais pas si c’est le message à retenir de ce livre, mais c’est ce dont il me donne envie.

Il y a aussi pas mal d’idées qui parlent à la scientifique, ou en tout cas à la mathématicienne en moi: l’idée d’impermanence, de continuité de la conscience (si j’ai bien compris), et aussi, paradoxalement, le fait que la science qu’un chercheur pratique est surtout descriptive, et n’entre pas forcément en conflit avec d’autres types de connaissances. Je veux dire par là, que dans la recherche on est en permanence cernés par des choses inconnues ou qu’on comprend peu et mal. Donc le fait que certains champs de la connaissance soient hors de notre portée pour le moment, voire n’aient pas encore assez intéressé la science occidentale pour qu’elle les ait étudié suffisamment, ne me surprend pas forcément. Pour autant, je n’ai pas envie de croire à n’importe quelle thérie farfelue, je constate simplement qu’on a encore plein de choses à découvrir. Pour s’en rendre compte, reportons nous mentalement quelques dizaines d’année en arrière par exemple, et pensons dans ce contexte au fait d’échanger des informations en une fraction de seconde avec le monde entier, ou de reconstituer des images directement à partir des informations du cerveau, ou encore d’utiliser des microrobots qui se déplacent dans le corps humain pour des traitements médicaux. Toutes ces nouveautés m’auraient semblé complètement invraisemblables, dignes de la science fiction.

« Choisissez tout »

Je viens de finir le livre de Nathalie Loiseau, la directrice de l’ENA: « Choississez tout ».

C’est un livre où elle décrit son parcours et livre ses opinions sur les mécanismes qui gênent la progression professionelle des femmes, au moins dans un pays comme la France.

J’ai beaucoup aimé ce livre, pour plusieurs raisons:

– Natahalie Loiseau est un beau modèle: elle a réussi à s’imposer dans des milieux très masculins, en trouvant sa propre voie, c’est-à-dire sans copier le modèle masculin dominant, mais en s’affranchissant des stéréotypes collés aux femmes.

– elle analyse quels sont les mécanismes qui lui semblent importants dans un parcours professionnel comme le sien: avoir un bon mentor, s’affranchir du syndrome de la belle au bois dormant, de celui de la bonne élèvre, chercher l’efficacité plutôt que reproduire les comportements du passé…

– pour autant, elle indique clairement aussi qu’il lui a fallu du chemin, et des occasions particulères, pour comprendre ces mécanismes. je trouve ça positif, car cela semble montrer qu’on le droit de se chercher, de prendre le temps de comprendre, puis d’agir en conséquence, et qu’on reste maitre ou maitresse de son destin, au moins un peu.

– elle arrive à concilier un travail au plus haut niveau avec une vie de famille bien remplie et épanouie: un mari et quatre enfants, sans passer pour une wonderwoman inaccessible. Elle appelle de ses voeux, du moins il me semble, la possibilité d’avoir une vie bien équilibrée entre ses différents aspects, qui peuvent s’enrichir.

– Un passage que j’aime particulièrement, et sur lequel je vais méditer:

« Calmons nous, prenons du recul et apprenons l’humilité, qui souvent nous manque: personne d’autre que nous ne nous demande d’être parfaites. Nos enfants ont besoin que nous soyons aimantes et épanouies. Travailler dans le monde d’aujourd’hui requiert de le comprendre et de s’y sentir à sa place. Rien ne sert de souffrir et de se sacrifier. Nous n’avons rien à expier. »