Turin, à nouveau

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J’ai passé la semaine à Turin avec trois de mes collègues, en voyage de travail. Nous visitions une start-up de calcul en mécanique des fluides, avec laquelle nous avons beaucoup de collaborations. La moitié de ses membres sont d’anciens étudiants en thèse de mon chef, et beaucoup ont séjourné plusieurs fois à Bordeaux, donc nous les connaissons bien. C’est très intéressant de discuter science avec eux car ils sont à la fois exigeants et pragmatiques sur les méthodes à utiliser pour lancer leurs calculs. Voilà pour l’aspect scientifique. Ils sont également très sympas, et nous avons bien rigolé entre deux discussions sérieuses, ou le soir après le travail en buvant un verre.

Pour le reste, j’étais absolument ravie d’aller passer quelques jours dans cette ville que je connais un peu pour y avoir séjourné plusieurs fois il y a quelques années. J’aime son architecture Hausmanienne, un peu austère, mais très fonctionnelle, avec des arcades qui longent des kilomètres de rues, permettant de se balader même quand il pleut, ce qui arrive souvent.  J’aime le parc Valentino et la vue des montagnes toutes proches. J’aime également, je l’avoue, la nourriture qu’on trouve à Turin. J’adore la cuisine italienne, les pâtes, les légumes, les pizzas,  le risotto, les artichauds, le cappucino, les glaces, les noisettes, etc…  Mes collègues sont tout aussi gourmands que moi, donc nous avons visité de concert les endroits où manger de bonnes glaces, focaccias, raviolis… Ca ne fait pas très sérieux mais c’est comme ça! Pour toutes ces raisons, cette immersion de quelques jours m’a beaucoup plu.

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Vue sur la cour depuis le boulot à Turin: j’adore ces balcons.

Séduction / décontraction

Pendant les vacances, nous avons passé une semaine dans un village vacances avec mon père, ma belle-mère et ma soeur, qui a quinze ans. C’est une belle jeune fille très sportive et toute élancée. J’ai cependant remarqué, et mon père me l’a confirmé, qu’elle cherchait à éviter les heures d’affluence à la piscine. Parce qu’elle n’avait pas envie de se sentir regardée par des garçons.

Cela m’a fait prendre conscience que peu à peu, justement, j’avais moi-même arrêté de me prendre la tête à ce sujet. Je me suis rappelée qu’adolescente, effectivement, je n’aimais pas trop me montrer en maillot de bain, et que ca avait perduré plusieurs  années au-delà. Finalement, je pense que la disparition de ce genre de prise de tête a eu lieu, coincidence ou pas, avec le fait d’avoir des enfants. (En fait, je ne crois pas que ce soit totalement une coincidence: après plusieurs mois avec un ventre énorme, je me suis juste réjouie de retrouver un corps à peu près comme avant, et les petits complexes qui me fâchaient me sont davantage apparus comme des détails).

J’ai pensé que j’étais bien contente d’en avoir fini avec cette pression que je me mettais à propos de mon apparence physique, et ce poids du regard des autres. Que ce soit un regard appréciateur ou non, d’ailleurs. Dans mon cas, j’avais surtout peur de remarques déplaisantes, car je n’étais pas très bien dans ma peau, mais même si on est très jolie, on peut détester sentir trop de regards, surtout lourdingues, sur soi…

En tout cas, je me suis sentie très heureuse de pouvoir me balader sur le bord de la piscine, entrer et sortir pour suivre les enfants, papoter avec les autres parents, me faire des copines de piscine exactement comme ma fille, juste pour le plaisir de discuter tranquillement, sans juger et sans crainte d’être jugée, sans me sentir gênée par la peur du regard des autres. Un peu comme une sorte de maladie qui serait passée.

Evidemment, c’est lié au fait que je vieillis, et qu’il y a donc beaucoup moins de chances que je me fasse draguer, sur le bord de la piscine ou ailleurs, mais je trouve ça chouette aussi. Je précise ma pensée: évidemment, j’aime plaire, mais pas à n’importe qui, et je n’ai jamais trouvé que ce soit un privilège de se faire draguer par quelqu’un qui m’est indifférent. Bien au contraire cela m’ennuie. (Bon, et évidemment, je n’ai aucune raison de chercher à me faire draguer en ce moment, puisque que je suis mariée à un garçon formidable, mais ça n’empêche pas de discuter de ça…)

J’ai discuté de tout ça avec mon chéri justement, qui disait qu’il n’avait jamais vécu ce genre de peur du regard des autres, et que c’était dommage que les filles subissent, ou s’infligent ça. Je suis bien d’accord avec lui: ça empêche juste de se conduire naturellement, et ça fait perdre plein d’énergie, qu’on pourrait utiliser à d’autres choses plus intéressantes. J’espère que Petite Sirène échappera un peu à tout ça.

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Un petit lac, but de notre balade dans les Aravis

Petite sportive

Ces deux derniers week-ends ont été l’occasion pour Petite Sirène de découvrir l’escalade et le vélo sans roulettes.

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Petite Sirène on the rocks

Le week-end dernier, nous sommes allés grimper avec des amis en Charente, au même endroit que la dernière fois. Cette fois-ci, nous avions un harnais spécialement conçu pour les jeunes enfants, ce qui a permis à Petite Sirène et au fiston de nos amis de découvrir l’escalade pour de bon. Au début, nous les aidions simplement à placer leurs mains et leurs pieds depuis le bas de la voie, mais cette stratégie ne pouvait fonctionner que jusqu’à deux mètres de haut. Finalement notre ami s’est encordé et a accompagné Petite Sirène pratiquement jusqu’en haut de la voie d’escalade, à près de vingt mètres de hauteur. Elle n’a pas manifesté la moindre peur, et à peine descendue, elle voulait recommencer! Nous étions très fiers d’elle…et moi qui suis si souvent peureuse sur les rochers, j’étais bien contente de constater que ma fille est, pour le moment, plus courageuse que moi!

Le vélo, c’était ce samedi, dans le parc près de chez nous. Le papa de la meilleure copine de Petite Sirène a proposé de faire une séance de vélo sans roulettes, et à notre grande surprise, ça a marché tout de suite pour les deux filles, qui ont donc arpenté la piste du parc jusqu’à épuisement. Il parait que la pratique de la draisienne et de la trottinette aide beaucoup à trouver son équilibre sur un vélo: on dirait bien que oui! Petit Chat, lui n’est pas en reste: il a justement récupéré la draisienne de sa soeur, et est devenu complètement accro. Il tient à peine dessus sur la pointe des pieds, mais ça ne l’empêche pas d’avancer plutôt bien, et de refuser catégoriquement d’être séparé de son nouveau moyen de locomotion. Ce qui donne lieu à des scènes rigolotes quand il veut rouler avec dans le bac à sable, ou bien la tenir sur ses genoux dans la voiture…

Ce que j’aime avec mes enfants, c’est à quel point il est facile de rigoler avec eux. Ils sont toujours prêts à trouver quelque chose drôle et à rire aux éclats, même fatigués, même s’ils viennent de se chamailler. Comme tous les enfants, je suppose, mais je connais évidemment ceux qui vivent chez moi bien mieux que les autres! Tout à l’heure par exemple, Petite Sirène n’était pas contente en rentrant à la maison car c’était l’heure du bain. Et pour une raison très mystérieuse, en ce moment elle n’aime pas prendre de bain. (Peut-être lié au fait qu’elle n’a pas très envie de partager la baignoire avec son frère? à voir…) Donc elle poussait de petits grognements dans l’escalier et rechignait à avancer. Ce spectacle a fait rire Petit Chat, qui s’est mis à l’imiter, ainsi que moi. Nous nous sommes donc retrouvés à grogner de concert sur trois étages différents de la cage d’escalier: un concert certainement très apprécié des voisins, mais qui a déridé temporairement notre petite râleuse.

Photo – Sentiments

Peu de temps après mon avant-dernier post, j’ai vu la photo de ce petit garçon, Aylan Kurdi, noyé et échoué sur la plage. Je me suis sentie triste et assez misérable pendant quelques jours. Etais-je aussi sensible avant d’avoir moi-même des enfants? Je ne me souviens plus. J’ai parlé de ma tristesse à une bonne amie, et cela m’a fait du bien de constater qu’elle partageait mes sentiments, même si mon sentiment d’impuissance n’a pas vraiment diminué. Je pense à ce petit garçon, à sa famille et à son papa. Je ne sais pas quoi penser de ce pouvoir si fort d’une photo, alors que depuis des semaines les journaux nous alertaient de cette crise migratoire, mais sans réussir à émouvoir les gens…Mais d’un autre côté, je trouve naturel, simplement humain, d’être choqué par cette image et de s’identifier à la famille touchée par ce drame.

Peut-être est-ce un biais de mon activité professionnelle, mais j’ai du mal à parler des choses qui me touchent vraiment.  En fait, je pense que ce n’est pas la seule raison: j’ai souvent du mal à acccepter de me mettre en « danger », en dévoilant mes sentiments, et ce n’est pas pour des raisons  de neutralité scientifique… Mais mon quotidien, plein de logique et de personnes plutôt réservées, ne m’incite pas trop à changer. Au labo, on parle de maths, de collègues, d’étudiants, de travaux, mais très peu d’actualité, très peu de bouquins, de ciné, et très peu de nos vies personnelles. C’est confortable d’une certaine manière, mais un peu asséchant aussi.

Donc ces derniers temps, je lance de petits essais. Par exemple, je fais des références à des livres que j’aime bien, à un film que j’ai vu pour voir qui y réagit, qui pourrait avoir envie d’échanger un peu autrement. Je ne serai jamais quelqu’un de très exubérant, mais je peux au moins essayer d’exprimer qui je suis, et ce qui m’intéresse, un peu mieux…

En parlant de livres, je suis en train de relire le Seigneur des Anneaux, avec beaucoup de plaisir. Je me souvenais des grandes lignes de l’histoire, mais guère plus. J’avais également oublié à quel point cette oeuvre est bien écrite. Aussi bien les descriptions de paysages, de montagnes, de tempêtes, que les caractères des personnages. Il y a aussi une foule de petits détails qui n’apportent rien à l’intrigue mais donnent beaucoup de profondeur au récit. Par exemple, le Hobbit Pippin qui vient d’arriver dans la grande cité de Minas Tirith, laquelle se trouve sur le point de livrer bataille contre les forces du Mal (pour faire court), s’inquiète avant toute chose de savoir où et quand ont lieu les repas….Cela m’a fait rire car je dois être moi-même un peu Hobbit de ce point de vue! A quelques lignes de cela, ce brave Hobbit dit du mage Gandalf:

« Je l’ai connu de réputation toute ma courte vie; et ces derniers temps, j’ai beaucoup voyagé en sa compagnie. Mais c’est un livre où il y a beaucoup à lire, et je ne puis me vanter d’en avoir vu plus de quelques pages. »

Quelle élégance, pour un petit Hobbit qui semble surtout songer à bien manger et fumer une bonne pipe!

Chimamanda Ngozi Adichie

 » La virilité est une cage exiguë, rigide, et nous y enfermons les garçons. Nous leur apprenons à dissimuler leur vrai moi. Ce que nous faisons de pire aux hommes – en les convainquant que la dureté est une obligation – , c’est de les laisser avec un ego très fragile. Quant aux filles, nos torts envers elles sont encore plus graves parce que nous les élevons de façon à ce qu’elles ménagent l’ego fragile des hommes. »

Cette analyse de la romancière nigériane Chimamanda Ngozi Adichie a résonné dans mon esprit. Je ne sais pas à quel point ce constat se vérifie, en France en tout cas, mais il me semble que je comprends très bien ce qu’elle veut dire. Beaucoup de choses sont abordées en très peu de mots: le poids de l’éducation, et donc la responsabilité des mères, le tort porté aux deux sexes d’une éducation sexiste, qui enferme chacun dans un carcan, le fait que les hommes peuvent donc aussi souffrir d’une éducation sexiste… Et puis il y a cette idée qu’en tant que femme nous avons une forme de pression pour ne pas menacer l’ego des hommes. Il m’arrive de ressentir exactement cela, mais je n’avais pas encore mis de mots dessus.

Baba le koala

… est une peluche que je viens d’adopter.

Il a le poil tout bleu et très doux, un petit air perdu qui me convient bien.

J’ai été très touchée ce matin par le message d’une collègue, que je connais pourtant très peu, qui a perdu son bébé au bout de deux jours. J’ai pleuré en lui répondant, je ne savais pas quoi lui dire, mais je voulais lui faire sentir que je partageais, au moins un tout petit peu, sa peine.

En réaction, c’est un peu bête, mais je suis partie plus tôt du boulot, et je suis allée acheter une peluche, en espérant peut-être y trouver un peu de réconfort. C’est bête, consumériste, sans doute inutile, mais bon, pas très grave non plus…

Et donc, le regard perdu mais tout doux de ce petit koala est exactement celui qu’il me faut ce soir pour essayer de passer à autre chose.

(Evidemment, j’ai parlé de ce drame à mon chéri. Mais une petite fille en moi a besoin de pleurer un peu avec une peluche dans les bras ce soir.)