Nous sommes tous fatigués

Ce matin j’ai acheté le magazine Glamour: j’avais envie de lecture légère, d’idées de mode et de maquillage. En général, je consomme ce genre de journal comme une sorte de barbapapa: je les lis très vite, souvent un peu déçue par le manque de contenu, mais ça me fait une distraction… Et parfois, comme ce matin, je tombe sur un article qui me semble vraiment intéressant.

Là, il s’agissait d’expliquer pourquoi les gens sont fatigués alors même qu’ils disposent de plus de temps libre que  jamais. Plusieurs raisons à ça: moins d’heures de sommeil, et puis le fait que la fatique éprouvée par la plupart des gens est surtout une  fatigue morale, due au stress ou au caractère pénible du travail. (Je pense qu’on peut tout de même exclure de ce raisonnement les jeunes parents équipés d’un modèle de bébé avec peu d’autonomie la nuit…). Cela couplé au fait que nous essayons de rentabiliser le plus possible ce que nous faisons, et donc n’utilisons pas notre temps libre pour nous reposer, buller, mais plutôt pour essayer de nous améliorer…d’où fatigue morale etc.

J’avais déjà lu dans Philosophie Magazine une analyse de ce type, et ça m’a (agréablement) surpris de la retrouver dans un journal au contenu a priori plus superficiel. Ca a surtout fait tilt dans ma tête car depuis quelques semaines, je me sens justement en surchauffe.

Je ne dirais pas que je me sens fatiguée, car en comparaison avec l’année dernière où je dormais rarement plus de cinq heures de suite, eh bien ça va beaucoup beaucoup mieux, mais je ressentais une sorte de lassitude, d’ennui, générés par la course à la rentabilité dont je fais mes journées. La rentabilité que je vise ne concerne pas l’argent, même pas juste le boulot, mais je me mets une pression assez forte pour essayer d’être la plus efficace possible, dans les différents aspects de ma vie: enfants, travail, sport, loisirs… Et finalement, ça me fait tout prendre un peu trop au sérieux, et j’ai du mal à me détendre. Et au bout d’un moment ça m’empêche un peu de profiter de ma vie, qui est quand même drôlement chouette.

Dans cet article, ils disaient clairement, et je les crois sans peine, que pour être efficace, il vaut mieux consacrer du temps à se reposer, à se détendre, que de trop remplir ses journées.Ca me convient tout à fait. Le truc, c’est que j’ai envie de faire plein plein de choses, sans doute trop pour des journées de taille normale. Mais il faudrait mieux que j’arrive à relativiser un peu le fait que je n’arrive pas à tout faire, plutôt que de poursuivre cette quête de performance qui est peut-être motivée par de bonnes raisons, mais inefficace, ce qui est un comble.

Je me rends compte en lisant ce que j’ai écris que mon rapport à la performance est assez ambigu: je cherche tout de même d’une manière ou d’une autre à améliorer mon efficacité. Mais bon, je suis comme ça… Et puis cette quête d’efficacité, elle est surtout due à une envie de tout concilier, et ça je ne dois pas être la seule à la ressentir….

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Lecture sur le bouddhisme

J’ai commencé à lire un livre d’entretiens entre Jean-François Revel et son fils qui est devenu moine bouddhiste: Mathieu Ricard. Ils confrontent leurs idées à propos du Bouddhisme. Je trouve ce livre très intéressant car Mathieu Ricard parle du Bouddhisme avec les mots d’un scientifique. Ce qui n’est pas du tout étonnant puisqu’avant de devenir moine il a passé une thèse en biologie. Donc son langage, ses arguments me parlent. Malheureusement, j’ai oublié ce livre dans ma belle-famille lors du dernier week-end prolongé, donc je ne peux pas en copier de citation pour donner une illustration. Une prochaine fois peut-être.

En tout cas, j’aime l’idée de passer du temps à chercher à comprendre ce qui se passe dans notre tête, d’où naissent nos pensées, d’où nait le sentiment de souffrance, j’aime tout simplement l’idée, un peu désuète maintenant, de chercher à consacrer du temps à devenir une meilleure personne, plutôt que de travailler sa réussite sociale, professionnelle… Je ne sais pas si c’est le message à retenir de ce livre, mais c’est ce dont il me donne envie.

Il y a aussi pas mal d’idées qui parlent à la scientifique, ou en tout cas à la mathématicienne en moi: l’idée d’impermanence, de continuité de la conscience (si j’ai bien compris), et aussi, paradoxalement, le fait que la science qu’un chercheur pratique est surtout descriptive, et n’entre pas forcément en conflit avec d’autres types de connaissances. Je veux dire par là, que dans la recherche on est en permanence cernés par des choses inconnues ou qu’on comprend peu et mal. Donc le fait que certains champs de la connaissance soient hors de notre portée pour le moment, voire n’aient pas encore assez intéressé la science occidentale pour qu’elle les ait étudié suffisamment, ne me surprend pas forcément. Pour autant, je n’ai pas envie de croire à n’importe quelle thérie farfelue, je constate simplement qu’on a encore plein de choses à découvrir. Pour s’en rendre compte, reportons nous mentalement quelques dizaines d’année en arrière par exemple, et pensons dans ce contexte au fait d’échanger des informations en une fraction de seconde avec le monde entier, ou de reconstituer des images directement à partir des informations du cerveau, ou encore d’utiliser des microrobots qui se déplacent dans le corps humain pour des traitements médicaux. Toutes ces nouveautés m’auraient semblé complètement invraisemblables, dignes de la science fiction.

Cours de conduite

En ce moment, je ré-apprends à conduire. C’est-à-dire que j’avais commencé pendant ma thèse à prendre des leçons. J’ai même passé deux fois le permis, et échoué deux fois, principalement parce que j’étais trop stressée. J’ai mis quelques années à me remettre de ma déception (déception de mal conduire, et aussi d’avoir investi autant d’argent pour rien…), puis je suis tombée enceinte, à deux reprises, et entre les deux  j’avais un emploi du temps assez contraint par l’éloignement géographique de mon chéri. Cette année par contre, je n’avais plus d’excuse valable, donc je me suis inscrite dans l’auto-école juste à côté de mon boulot.

C’est une auto-école très sympa. Les moniteurs sont agréables, les cours bien structurés, découpés en objectifs détaillés et compréhensibles.  Pour ma part, je vais aux cours très concentrée, peut-être même trop, au détriment d’un peu de décontraction. Mais j’ai envie d’apprendre le mieux possible, le plus vite possible, et je me mets un peu de pression là-dessus. D’un autre côté, depuis cette expérience de permis raté pour cause de stress, je trainais avec moi une sorte de peur du danger de la conduite, non pas à cause des autres conducteurs, mais à cause de moi-même. Une peur de me mettre à débloquer d’un coup, faire n’importe quoi, perdre le contrôle de mon véhicule, et rentrer dans une autre voiture ou un piéton, ou un mur….

Et puis aujourd’hui, j’ai eu une nouvelle séance de conduite, avec une monitrice très sympa. J’ai fait des erreurs de conduite, j’ai eu du mal à me concentrer dès le début de l’heure, comme souvent. Mais j’ai aussi senti que je commençais à prendre un peu de recul sur l’aspect mécanique (boite de vitesse, pédales etc), et donc que je pouvais mieux observer ce qui se passait autour de moi.  Je me suis sentie rassurée sur ma manière de contrôler la voiture. J’ai raconté à ma monitrice cette peur que j’avais de provoquer un accident, et qu’elle commençait à se dissiper. Et juste après, sans doute du fait d’avoir verbalisé cette peur, j’ai aperçu un lien avec des évènements arrivés avec ma mère lorsque j’étais ado.

Je ne sais plus si ça s’est produit plusieurs fois ou pas, mais j’ai le souvenir d’être avec elle dans la voiture, elle me conduit au collège, et elle fait semblant de faire dévier la voiture, juste un peu, en me disant quelque chose comme « ça serait si facile de faire ça, et d’arriver dans l’arbre, et plus rien après… ». Je n’ai plus ses mots exacts, mais bon… J’ai fait le lien entre ce souvenir, et ma peur de perdre le contrôle au volant. J’ai compris que cette peur venait sans doute plus de ces menaces que de réels faits liés à ma propre conduite. Ca m’a rassurée. Je me suis dit que si c’était juste lié à ces mauvais souvenirs de mon enfance, il n’y avait rien de rationnel derrière, et je n’étais donc pas obligée de craindre de me mettre à débloquer au volant.

Ce n’est pas une histoire très rigolote, mais ça me fait du bien de la mettre par écrit, en espérant que ça m’aidera à la ranger pour de bon dans un carton de souvenirs, sans prise avec ma vie actuelle.

Une liste

Hier soir en me couchant, je pensais au contentement qu’on éprouve souvent à faire une liste ou même à lire celle écrite par quelqu’un d’autre. Il y avait d’ailleurs un article sur les listes dans le magasine Flow, dont j’ai lu et beaucoup apprécié les deux premiers numéros. (Ce magasine semble avoir été créé dans le but d’apaiser mes angoisses habituelles sur la vie, le temps qui passe, la capacité à se retrouver seul etc. Ca me fait du bien, outre le fait de lire le point de vue présenté dans ce magasine, de simplement me rendre compte que je ne dois sûrement pas être la seule à éprouver ces angoisses…)

Bref, les listes. Faciles à écrire, par processus d’itération, d’accumulation, qui évite d’avoir à mettre des liens logiques, des articulations. Et agréables à lire, pour les mêmes raisons. Le côté un peu hypnotique de la répétition. Et, comme souvent la liste dévoile la personne qui l’a écrite, plaisir de découvrir ainsi autrui.

Donc, pour me faire plaisir avant tout, une petite liste sans queue ni tête de mes envies de ce soir:

– faire des gaufres pour le petit déjeuner

– prendre un peu de temps avec mon chéri

– aller à la piscine,  faire du crawl dans le grand bassin ouvert

– courir dans la nature, au milieu des arbres à nouveau pleins de feuilles

– voir des amis que j’ai du mal à voir avec ces semaines qui filent si vite

– me faire masser

– construire un programme de recherche réaliste et efficace

– avoir du temps pour le réaliser

– jouer avec mes enfants

– retrouver un bon thé earl grey pour le petit déjeuner

– écouter de la musique

Je n’ai pas des envies très compliquées, si?

Printemps des filles – Ponts de Mai

Aujourd’hui avait lieu à la fac une opération de découverte du campus, à destination d’élèves de 1ère, plus spécialement dans le but de montrer des femmes en science et de casser les stéréotypes. Au programme, une intervention sous forme de témoignage le matin pour parler de mon parcours, puis une visite du laboratoire l’après-midi, où les lycéens ont rencontré des étudiantes, doctorante, ingénieure, postdoctorante, chercheuse, informaticienne… Pas facile à doser le contenu, pour moi qui ne connais pas bien les lycéens, ni les attentes de leurs profs. Je pense que la rencontre avec ces jeunes femmes a été instructive, par contre, l’exposé de vulgarisation n’était pas tout à fait adapté. Bon, on améliorera pour la prochaine fois en fonction des retours… Ce mois de Mai, il n’y a pas une semaine de travail entière. Dit comme ça, ça sonne bien, mais en fait, je me sens très frustrée parce que j’ai envie de faire avancer des choses en recherche, et entre les ponts, les recrutements, les soutenances d’étudiants, les tâches administratives, les cours de conduite et de code… que me reste-t-il pour faire de la recherche? Je me sens un peu fatiguée de ces journées très remplies, mais pas avec des choses qui m’enthousiasment tellement. Un peu ça va, ensuite ça me lasse… Est-ce-qu’on peut réussir à trouver le bon équilibre? Pourtant, j’arrive à refuser des sollicitations qui ne m’emballent pas, mais peut-être devrais-je être plus sélective.