S’exprimer, ou pas

En ce moment, un jeune chercheur dans mon équipe prépare sa candidature pour postuler à un poste permanent. Avec mon collègue, nous relisons son dossier. Je relève des coquilles, des phrases à reformuler, des informations à mieux structurer…Quand je lis la partie correspondant à son programme de recherche, je remarque qu’il n’y a pas beaucoup de projets à plus long terme, ou plutôt, que ca manque un peu d’envergure. Cela me gêne un peu, je me demande si quelqu’un d’extérieur le remarquerait…mais je ne dis rien, car je n’ose pas intervenir dans le contenu scientifique de son projet. Mon collègue le relit aussi, et tique dessus. Il lui fait ré-équilibrer certaines parties. Je me dit qu’il a eu raison, et que j’aurais dû aussi lui faire la remarque.

En fait, je ne sais pas très bien pourquoi je me suis abstenue. Justement, je suis une des deux ou trois personnes pouvant vraiment intervenir constructivement dans son projet de recherche. J’ai eu tort de me taire. Heureusement mon collègue non. C’est une des qualités que j’apprécie chez lui: il ne parle pas beaucoup, mais presque toujours à bon escient, et surtout, j’ai l’impression qu’il sait suivre ses impressions quand il est convaincu de quelque chose. Moi, pas toujours, et j’ignore pourquoi. Manque de confiance dans mon jugement?

Etant timide, je me force parfois à m’exprimer, pour lutter contre ma retenue naturelle. Au contraire, parfois je n’ai pas le courage pour cette petite lutte, et je cède à la facilité. Que faire? Essayer d’apprendre et progresser, pour que cela se reproduise moins souvent….

Une série de contradictions

J’aime de plus en plus que mes affaires soient bien rangées, mais mon bureau est un fouillis presque vivant.

Je trouve que j’ai trop de vêtements, mais je viens de racheter deux robes.

J’aime infiniment mes enfants, mais suis quand même contente quand ils sont endormis. Au bout de deux heures sans les entendre, ils me manquent…

Je profite d’eux tant que je peux, de mon chéri aussi, et de mon travail, mais pas aux mêmes horaires…

J’adore l’humour, mais je suis profondément premier degré, à mon corps défendant.

J’ai peur du vide, mais l’escalade est mon sport favori, une vraie passion.

J’adore lire, discuter de bouquins, et je ne connais personne autour de moi avec qui partager ça.

Je dis presque toujours la vérité, mais je n’aime pas dévoiler mes émotions.

J’adore boire des apéros avec des copains, sentir la légère euphorie des premières gorgées, mais je déteste perdre le contrôle.

J’aime la fantaisie, l’improvisation, mais j’ai un besoin fondamental de sécurité.

Je suis douce et gentille et également extrêmement têtue.

Je me maquille, puis efface les fards de mes yeux.

Ces tiraillements ne sont-ils pas simplement la preuve que je suis vivante, et en perpétuelle mutation?

Bientôt la montagne!

Dernière semaine avant les vacances. Nous partons dans les Alpes, avec ma famille et celle de ma cousine. Pour des raisons de coût, nous avons décidé de ne pas mettre nos enfants à la garderie, même à la demi-journée, donc nous nous relaierons pour skier un peu.

Je n’ai pas vraiment le goût du ski alpin. Je sais descendre une piste rouge ou noire sans tomber, mais sans classe, et je n’apprécie pas le côté artificiel des pistes de ski. Je vais donc plutôt faire du ski de fond et des raquettes, quand ce sera mon tour de m’échapper! J’adore faire des balades en raquette, et je trouve le ski de fond très agréable, surtout avec un compagnon de glisse.

J’ai hâte de voir ma famille. (Et un peu moins de faire les 8 heures de route pour y arriver… )

Sinon, de la fatigue ces derniers jours. L’air de la montagne va me faire du bien. J’ai l’impression d’avoir le cerveau en bouillie!

Encouragement

Cet après-midi, j’avais un rendez-vous en visioconférence, pour discuter avec d’autres chercheurs et des industriels de l’intérêt  de monter des projets pour répondre à des appels d’offres nationaux. Bref. Deux personnes représentant des sociétés privées ont présenté leurs projets, et après, l’animateur a demandé si d’autres personnes avaient des choses à présenter. J’avais quelques transparents, mais c’était davantage pour présenter les activités de mon équipe que pour faire part d’un projet mûrement réfléchi. Et je n’osais pas trop me lancer, pour être honnête.

C’est alors qu’une autre participante, une femme plus agée que moi, anciennement directrice de mon centre de recherche, est intervenue en disant que j’avais des choses à présenter…J’ai donc rebondi sur ses paroles et présenté rapidement nos thématiques de recherche. Ca m’a un peu exposée, je ne sais pas si j’ai fait un bon effet ou pas, mais au moins j’ai essayé…et c’est grâce à cette femme. Je ne sais pas si elle l’a fait par solidarité féminine, mais en tout cas je lui en suis reconnaissante, et je ne suis pas sûre qu’un collègue masculin me connaissant aussi peu aurait pensé à faire ça.

Ce n’est pas la première fois que je bénéficie d’un léger encouragement de la part d’une femme chercheuse plus expérimentée. A chaque fois, ça me fait très plaisir. J’en parlerai sans doute bientôt, mais nous sommes peu de femmes dans ce milieu de la recherche scientifique, et le plafond de verre n’y est pas un mythe. Alors ces encouragements, même discrets, me font du bien.

Nour

Cette semaine, je suis allée à Montpellier, car j’étais invitée à faire un exposé dans le labo là-bas… Voilà la raison officielle…La vraie raison, c’est que j’ai une amie d’enfance qui habite là-bas. On était les meilleures amies du monde au collègue, puis on s’est perdues de vue entre la fin du lycée et le début des études, et retrouvées il y a environ quatre ans par les réseaux sociaux sur internet.

Elle s’est mariée jeune, et a deux enfants de 8 et 11 ans. Je sentais bien qu’elle n’était pas très disponible pour qu’on se téléphone, qu’on s’écrive de longs messages pour se raconter notre vie, mais en même temps, elle avait l’air vraiment contente qu’on renoue un lien.  En Septembre, j’ai croisé à Bordeaux un collègue de Montpellier, et je lui ai dit qu’il fallait me prévenir s’il y avait des évènements prévus là-bas, comme des groupes de travails, conférences, et je lui ai expliqué quelle était la raison de mon intérêt. Il m’a alors proposée de m’inviter à leur séminaire, ce qui m’a permis de faire d’une pierre deux coups!

Après le séminaire, j’avais donc rendez-vous avec elle à la médiathèque où elle travaille. Nous avons passé une heure et demi à nous raconter des morceaux de nos vies. C’était très émouvant de la revoir, et de me sentir à nouveau si amie avec elle, malgré toutes ces années qui ont passé. J’ai reconnu les raisons qui avaient fait que je l’appréciait autant, je l’ai trouvée rayonnante malgré certaines épreuves qu’elle a traversé ces dernières années et qu’elle m’a brièvement raconté. Ensuite, elle a dû retourner travailler. J’avais encore tellement envie de passer du temps avec elle… Je ne sais pas quand cela sera à nouveau possible. Peut-être faut-il que je trouve un moyen de collaborer avec quelqu’un de Montpellier afin de trouver de nouvelles raisons d’y aller?  En tout cas, je suis très heureuse que ce moment ait eu lieu. J’ai en quelque sorte retrouvé un morceau perdu de mon histoire, de mon identité, en allant là-bas.

Pour être tout à fait complète, lors de ce voyage, j’ai aussi passé la soirée chez une bonne amie qui était à Bordeaux l’an dernier, et qui est partie à Montpellier suite à une promotion. Ca m’a fait très plaisir de la voir, et j’ai fait le plein d’énergie en discutant avec elle pendant des heures… L’émotion était moins forte parce que l’histoire qui nous lie est moins longue, mais je suis quand même très contente d’avoir pu passer un peu de temps avec elle aussi.

Tir cadré!
Tir cadré!

Mon corps et moi: enfin la paix?

Depuis la rentrée de Septembre, j’ai repris le sport: escalade au début, et puis maintenant aussi un peu de course à pied. J’arrive donc à deux séances de sport par semaine, en gros, plus le vélo pour aller au boulot. C’est très agréable de sentir mon corps se remuscler, être plus tonique. J’avais presque oublié cette sensation, car entre les deux grossesses mes semaines étaient plus compliquées, et je n’arrivais pas à en faire aussi régulièrement.

Une autre chose aussi: après la naissance de Petit Chat, et sans doute à cause de l’allaitement, j’ai réussi à perdre quatre ou cinq kilos par rapport à avant la grossesse. Rien d’incroyable, mais je me suis retrouvée sans faire d’efforts au poids que considérais depuis longtemps comme idéal pour moi. Je n’y suis pas vraiment très mince, mais je trouve que mon corps est harmonieux. Depuis, j’ai réussi à ne pas reprendre de poids, sans me frustrer. C’est marrant, parce que j’ai passé des années à essayer de ne pas me tourmenter à propos de mon poids (avec de plus en plus de réussite avec le temps, quand même), et après deux enfants, finalement, je suis arrivée comme une fleur pile là où je voulais.

Tout ça pour dire que je me sens bien dans mon corps, ces temps-ci, et que j’espère que ca va durer.

J’ai essayé de comprendre ce qui avait changé dans ma tête et dans mon mode de vie, à l’origine de ce (petit) changement physique, et j’ai trouvé plusieurs pistes:

– la peur du diabète gestationnel: comme à la naissance Petite Sirène était un grand bébé, j’avais peur de faire du diabète gestationnel pour la grossesse de Petit Chat. J’ai donc fait très attention pendant quelques mois à manger plus sainement, et surtout avec moins de sucres, plus de fibres. Ca m’a bien plu, et m’en est restée une défiance pour tous les trucs à index glycémique élevé.

– une meilleure connaissance de mon corps: est-elle due aux grossesses et aux changements conséquents, à l’expérience, au yoga, au fait que je vieillis? En tout cas, je ressens plus les effets de mon mode de vie sur mon état physique. Si je fais du sport, je me sens plus détendue, si je mange trop je me sens lourde, si je bois trop je me sens vaseuse… et surtout, j’ai envie d’être en forme, d’avoir le plus d’énergie possible, pour faire tout ce dont j’ai envie pendant mes journées, et profiter de mes enfants et de mon chéri.

– la satisfaction d’avoir mené à bien deux grossesses, d’avoir fait de merveilleux enfants en pleine forme, de les avoir allaités, et d’avoir récupéré pas trop mal de tous ces changements: j’aime mieux mon corps qu’avant, car je suis fière de ce qu’il est capable de faire.

– Comme je l’ai déjà écrit, avoir deux enfants équilibre ma vie, et la confiance que j’éprouve (pour le moment, mais c’est une confiance basée avant tout sur le bonheur que j’ai à m’occuper d’eux) en tant que maman se répercute sur le reste de ma vie.

– simplement, le fait que je me sens heureuse, profondément heureuse depuis que mon chéri a été muté ici, et que Petit Chat est né. Ma vie n’est pas parfaite bien sûr, et ce n’est pas une vie « appartement modèle pour magazine », mais c’est celle que j’ai choisi, et globalement, tout va très bien. Ca me donne beaucoup de sérénité et de force, et je me sens moins angoissée qu’avant, d’où une plus grande facilité à prendre soin de moi.

Au parc, comme tous les dimanches!
Au parc, comme tous les dimanches!